« Aude What the Fake », la journaliste qui démonte les fake news sur Youtube

Journaliste télé à Paris, Aude Favre lutte contre les fake news à travers sa chaine Youtube, « Aude What The Fake ». Sur un ton drôle mais avec beaucoup de rigueur, elle démontre l’absurdité et souvent la mauvaise foi de certaines comptes « sérial fakeurs ». Elle fournit ainsi un outil de formation à l’esprit critique qui a séduit plus de 89 000 abonnés, parmi lesquels de nombreux profs. Son association, Fake Off, propose de l’éducation aux médias.

Tu dis que ta motivation à lutter contre les fake news vient d’une colère…

Oui j’ai une vraie colère en moi, qui me motive. Une colère contre les gens qui nous manipulent à coup de titres accrocheurs et de fausses informations. A l’origine de cette colère, il y a eu l’attentat de Charlie Hebdo en 2015. Quand l’attentat a eu lieu, j’ai vu qu’il s’était déroulé dans l’immeuble dans lequel je commençais à travailler (dans l’agence Premières Lignes, qui était vraiment la porte en face de Charlie Hebdo). Je n’y étais pas là ce jour-là. Puis, dans la foulée du drame, nous avons vu des théories du complot hallucinantes circuler, notamment sur notre rédaction. Il a notamment été dit que nous étions au courant de l’attaque car nous avions deux gilets pare-balles dans les bureaux ! C’est là que j’ai commencé à vouloir aller dans les collèges et lycées, pour discuter. L’association Fake Off est née à ce moment-là. 

Quel est l’intérêt des personnes qui propagent des fake news sciemment ? 

C’est une question qui revient beaucoup car les jeunes ne comprennent pas pourquoi on leur ment. Mais les intérêts sont multiples : certains ont un agenda politique, d’autres des intérêts économiques. Il y a de véritables petits empires bâtis sur le business des fake news. Certains même font ça juste pour avoir du pouvoir, de l’influence, de la notoriété, de la popularité.

Est-ce que l’éducation aux médias porte ses fruits ?

Jamais assez, mais oui, je reçois beaucoup de messages de gens qui me disent merci, qui ont montré une vidéo à un proche et qui ont provoqué des discussions, en famille ou entre amis. Et puis je ne sais pas si c’est directement lié à mon travail, mais une chaine Youtube de fake news a disparu suite à une vidéo que j’ai faite, et une autre a enlevé des dizaines de vidéos complotistes qui visaient les enfants. C’est pour cela que je suis sur Youtube : non seulement c’est le terrain de jeu de ces gens-là, mais c’est aussi devenu un vrai moteur de recherche pour les jeunes.

Y a-t-il des techniques « classiques » des créateurs de fake news que l’on peut facilement identifier ?

Il y en a plusieurs oui. On peut parler des biais de confirmation, c’est-à-dire tout ce qui va nous conforter dans ce que l’on pense déjà. Dans ce cas, il faut se méfier. Il y a aussi le millefeuille argumentatif, cette accumulation d’arguments qui, pris les uns séparément des autres, ne tiennent pas debout (26 arguments pour la théorie du complot sur l’attentat de Charlie hebdo NDLR). Et puis il y a le marketing. Les vidéos qui commencent par « ce que les médias vous cachent », c’est déjà un bon indice ! Il y a enfin une technique que je rencontre souvent, ce sont les personnes qui se présentent comme « indépendantes ». Indépendantes de quoi ? Souvent ce label « indépendant » est surtout synonyme de « isolé » et « non reconnu par ses pairs, par sa profession ».